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🛋️ L'anesthésie du cozycore : chronique d'une génération qui s'engourdit

Avouons-le : nous sommes tous tombés dans le piège. Hier encore, j'ai passé ma soirée lové dans ma couette à contempler des vidéos de personnes jouant à des jeux auxquels je pourrais m'adonner moi-même. Le repas livré en quelques clics, le smartphone comme rempart contre l'ennui.

Le cozycore n'est plus simplement une tendance éphémère post-Covid, il s'est métamorphosé en véritable art de vivre. Cette quête perpétuelle de confort nous anesthésie subtilement.

Comme l'observe avec justesse Alain Damasio : « On réclame un techno-cocon toujours plus fort, plus épais, plus hermétique. On conjure tout ce qui est différent, toute forme d'altérité. »

Notre technologie a tellement lissé notre quotidien que nous avons désappris l'art de la difficulté.Observez autour de vous. Cet ami qui décline encore une invitation pour « recharger ses batteries » (la troisième fois ce mois-ci).

Ce collègue qui redoute les appels vidéo mais inonde les messageries de textos. Ou vous-même, faisant défiler TikTok pendant qu'une série se déroule en arrière-plan.

Les statistiques sont saisissantes : les jeunes passent 70% moins de temps avec des amis en chair et en os qu'en 2003.

Le paradoxe est savoureux. Ces jeux « cozy » comme Animal Crossing ont néanmoins créé des expériences collectives fascinantes depuis le confinement. Ils sont devenus des laboratoires sociaux où se nouent de véritables liens. Comme le note Joshua Labelle, directeur créatif de Disney Dreamlight Valley : « L'un des fantasmes fondamentaux d'un jeu cozy est de pouvoir vivre dans une communauté où, même s'il y a parfois des frictions, tout le monde finit par se rassembler. »

Notre attrait pour le confort dissimule une appréhension plus profonde : celle de l'inconfort nécessaire à toute croissance. Comme l'écrit Sylvain Tesson : « Le luxe n'est pas un état mais le passage d'une ligne, le seuil où, soudain, disparaît toute souffrance. »

C'est précisément ce contraste qui donne sa saveur à l'existence.

L'acte véritablement audacieux aujourd'hui consiste à choisir délibérément l'inconfort. Non pour souffrir gratuitement, mais pour réveiller nos sens engourdis. Gravir cette colline à pied plutôt que prendre le bus. Lire des opinions contraires aux nôtres. Échanger avec ceux qui pensent différemment, même lorsque la conversation devient inconfortable.

Notre confort est devenu notre prison aux barreaux en cachemire. Il est temps d'en sortir, ne serait-ce qu'un orteil.

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L'anesthésie du cozycore : chronique d'une génération qui s'engourdit
Apr 15
at
2:59 PM
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