Shirin-yoku
« L’idée, c’est de faire une promenade et d’inhaler les phytoncides. C’est de reprendre contact avec la nature, que nous avons délaissée. Il y a très longtemps, nous vivions en symbiose avec la nature, et depuis l’industrialisation, l’être humain a perdu ce contact et cet équilibre. Nous en avons besoin. »
Bernadette Rey, fondatrice de Shinrin-yoku Québec
Le terme phytoncide, néologisme dû, en 1928, au biologiste russe Boris Petrovich Tokin (en), est le nom donné à un ensemble de composés organiques volatils (COV) antimicrobiens (terpénoïdes, pinènes, bornéol, linalol, limonènes …) émis dans l'air par les arbres et les plantes herbacées. Ce sont des molécules biosynthétisées par les plantes pour se défendre contre les micro-organismes pathogènes. Ils sont présents dans l'air environnant les plantes qui les émettent (wikipedia)
Personne ne peut nier le bienfait d'une promenade en forêt, phytoncides ou pas. Et on peut tous ressentir le plus apporté par les arbres au moment même où on franchit l'orée du bois, quittant les champs désespérément nus ou le béton compact du parking.
Nos amis japonais considèrent le shinrin-yoku comme une pratique thérapeutique, à même se soigner bien des maux, stress, maladies cardio-vasculaires.
Mais ramener cette pratique à une simple inhalation de COV, comme celles qu'on nous infligeait étant gamins (vrai pour les boomers), la tête au dessus d'un bol à inhalation, me paraît bien réducteur.
La vérité est tout autre. Les arbres sont des êtres vivants, même si ce ne sont pas des êtres humains.
Ils ont un mode et un rythme de vie très différents du nôtre. Les petits chênes que je protège dans ma prairie naturelle en Guyenne ne seront pas encore adultes, que je serai déjà oublié depuis longtemps. Le plus vieux chêne a vu passer des générations d'humains, et si on continue à le respecter en verra bien d'autres. Nous vivons sur un rythme de 24h, jour/nuit, sommeil/éveil. Eux vivent sur un tempo annuel, au rythme des saisons.
Ils échangent entre eux, s'entraident, se respectent mutuellement ; un arbre malade est nourri par ses voisins par les racines ; ils communiquent entre eux, se prévenant les uns les autres en cas d'attaque par des insectes prédateurs ; les fameux COV sont peut-être aussi une forme de communication, un message bienveillant qu'ils nous transmettent.
Je n'écoute pas les naturopathes ; je ne fais pas partie de ceux qui prétendent parler avec les arbres (quoique je suis convaincu de les entendre chuchoter certains jours, l'oreille collée au tronc)
Il ne faut pas penser décrire avec nos mots les échanges qu'on peut réaliser avec les arbres ; nous vivons sur la même planète mais sommes dans deux espaces temps différents.
Mais échanges il peut y avoir ; il faut sans doute voir dans le bien-être qu'on peut ressentir au contact des arbres un effet du rapport-temps qui nous lie à eux : nous vivons à 100 à l'heure, sollicités par moult obligations chronométrées
Les arbres non ; ils nous regardent nous agiter et tentent avec leur langage à eux, les COV peut-être, de nous apaiser
Dan LaX, 2022