Une photo proposée par Johanne cette semaine. Elle me trottait dans la tête depuis lundi. Et la voici, couchée sur le papier. Belle lecture.
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J'étais là. Posée. Sur le sol. Je ne savais pas comment j'étais arrivée là. Ni depuis combien de temps. Depuis toujours. Depuis un instant. J'étais là. Spectatrice silencieuse de la course du temps.
Je voyais défiler devant moi la vie. Parfois envahie de milliers de fourmis qui escaladaient laborieusement ma surface. Parfois, le regard d'un chevreuil. Sa douceur. Son questionnement m'effleurait. Que faisais-je là ? Parfois je sentais les pattes d'un lynx, alors qu'il bondissait tout en haut de moi, observant les horizons de son perchoir.
Les saisons défilaient. Je chauffais sous les rayons du soleil. Les vipères se hissaient sur mon corps, savourant la diffusion que je leur transmettais. La pluie ruisselait sur mes parois. La musique de la forêt retentissait. Je me recouvrais d'une couche blanche et tout devenait silencieux. Le ciel grondait, gémissant d'une lourdeur infinie avant d'éclater et de se libérer.
J'ai connu l'éclatement de la vie dès ma naissance. Un gland dégringolant sur ma carcasse, enfoui dans le sol par le pas lourd d'un sanglier. Les feuilles perçant la terre. Le soleil lui offrant l'avenir. Les pâquerettes, recouvrant le sol de leur éclat. La délicatesse de leurs pétales lorsque, doucement, elles s'épanouissent. Leur mélodie, lorsque tendrement, elles se referment. Le temps de l'aridité. La pluie devient bénédiction. Le sol qui se craquèle. Les oiseaux restent à l'ombre des frondaisons.
Mais mon amie la plus intime est la mousse. Timide, elle s'est approchée de moi à petit pas. Me voyant l'accepter, nous avons commencé à dialoguer. Lentement, nous nous sommes apprivoisés. Nous avons connu des hauts et des bas. Parfois je me sens envahie par sa présence. Mais au fond de moi, je sais que je ne pourrai jamais me passer d'elle.
Et puis, l'instant fatidique. Le ciel était lourd. Les nuages bas. L'atmosphère rugissait. Quand tout à coup, un éclair me transperça. La douleur me vrilla. Le monde devint sourd. Était-ce la fin ? Allais-je disparaître ? J'étais sonnée.
Quand je repris mes esprits, nous étions deux.