L’« immortel » René de Obaldia est mort à l’âge de 103 ans

René de Obaldia fête ses 100 ans au Théâtre de la Bruyère à Paris, en octobre 2018.

René de Obaldia fête ses 100 ans au Théâtre de la Bruyère à Paris, en octobre 2018. DELALANDE RAYMOND/SIPA

Le doyen de l’Académie française est décédé ce jeudi. « Chers lecteurs, je vais bientôt me quitter », annonçait-il en 2017 dans « Perles de vie ». Nous republions la critique de Jérôme Garcin.

Article initialement paru dans « L’OBS » en août 2017.

C’est un proverbe russe qu’il cite volontiers et dont je me demande s’il n’est pas l’auteur : « Pour devenir centenaire, il faut commencer jeune. » René de Obaldia, qui fêtera en octobre prochain ses 99 ans, en avait en effet 40 lorsqu’il publia « le Centenaire », hilarant monologue d’un vieillard logorrhéique, et à peine plus lorsqu’il écrivit pour Michel Simon « Du vent dans les branches de sassafras », la pièce qui en fit, au mitan de sa vie, un classique.

Car Obaldia est le seul immortel qu’on croit mort. Les élèves qui apprennent les « Innocentines », cette merveille, et les apprentis-comédiens qui travaillent les répliques de « M. Klebs et Rozalie », le pensent contemporain de Guitry, Audiberti ou Ionesco. Ils le voient en buste de marbre ou en visage de timbre-poste. Ils n’imaginent pas combien ce dramaturge, qui défie les lois du temps et de la pesanteur, est vivant, alerte, éloquent, moqueur et séducteur. Si sa vie fut un roman - je rappelle que ce cousin de Michèle Morgan est né, en 1918, à Hongkong, d’un père panaméen et d’une mère française, qu’il a été élevé par une nourrice chinoise et enfermé pendant quatre ans par les Allemands dans un stalag de Silésie, qu’il a été le parolier de Luis Mariano et le partenaire fugace de Louis Jouvet au cinéma - sa vieillesse est un madrigal.

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Un épitomé de sa longue existence

Obaldia poétise son grand âge. Il chante son centenaire. Il gambade dans son siècle. Et il pousse le raffinement jusqu’à publier un ultime petit livre où, pour annoncer son imminent grand départ, il laisse à d’autres écrivains le soin d’exprimer sa rieuse mélancolie et sa conviction qu’un pessimiste est un optimiste bien informé. Dans « Perles de vie » (Grasset), précieux collier de citations, il fait siennes les pensées d’Alphonse Allais : « L’ennui, lorsque je vais mourir, c’est que je vais me manquer », de Mark Twain : « Je n’aime pas l’idée d’avoir à choisir entre le ciel et l’enfer, j’ai des amis dans les deux », de Jean Cocteau : « La mort ? Je suis habitué, j’ai été si longtemps mort avant de naître », ou de Pablo Picasso : « Il faut beaucoup de temps pour devenir jeune. »

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Ce recueil de maximes, qu’on peut lire comme un épitomé de sa longue existence, est précédé d’un avertissement qui s’ouvre par une exquise obaldiablerie : « Chers lecteurs, je vais bientôt me quitter. » Cher René, l’essentiel est que, grâce à votre œuvre, où geignent les geais gélatineux, s’envolent les cosmonautes agricoles et se révoltent les Zazie cybernétiques, on ne se quitte jamais.

Perles de vie, par René Obaldia, Grasset, 80 p., 12 euros.

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