Il existe des vies qui ressemblent à des racines.
Discrètes.
Persistantes.
Et pourtant capables de tenir toute une forêt.
Lucienne Haese, que beaucoup appelaient Lulu du Morvan, était de celles-là.
Pendant des décennies, elle s’est opposée à la transformation des forêts du Morvan en plantations industrielles de pins Douglas.
Pas avec de grands discours.
Avec une idée simple : acheter la forêt.
Avec des citoyens, elle crée au début des années 2000 l’un des premiers groupements forestiers citoyens de France.
Hectare après hectare, ils rachètent des forêts pour les gérer autrement : sans coupe rase, sans monoculture, en laissant le temps long de la forêt reprendre sa place.
Au total, des centaines d’hectares ont ainsi été préservés.
Mais ce qui reste peut-être le plus important n’est pas la surface, c’est le précédent.
La preuve qu’une forêt peut aussi être défendue collectivement, par des citoyens qui refusent de la voir réduite à une simple ressource industrielle.
Lulu du Morvan s’est éteinte.
Mais dans les forêts qu’elle a contribué à sauver, les arbres continuent de pousser.
Et dans leur croissance lente, il reste quelque chose de son combat.