Note 6 - La K-SADS : pourquoi un entretien structuré change tout
Dans la note précédente, nous avons vu pourquoi analyser un symptôme est un acte clinique exigeant et pourquoi les questions ouvertes, aussi précieuses soient-elles pour contextualiser, ne suffisent pas à garantir qu'on a exploré ce qu'il fallait explorer. Il manque quelque chose : un cadre. Un outil qui structure la démarche sans l'appauvrir.
C'est précisément là qu'intervient l'entretien clinique structuré.
Le problème que l'entretien structuré résout Lorsqu'on conduit un entretien libre, on suit naturellement ce que le patient amène. C'est une force, cela permet de saisir des éléments imprévus, de comprendre le contexte, de laisser émerger ce que le questionnaire ne pouvait pas anticiper. Mais c'est aussi une faiblesse : on explore ce qui est saillant, ce qui est formulé, ce qui attire l'attention. On oublie ce qui ne se dit pas spontanément.
Or dans l'évaluation du TDAH et plus largement dans toute évaluation à visée diagnostique, ce qui ne se dit pas spontanément peut être exactement ce qui modifie le tableau clinique. Une dépression sous-jacente, une anxiété qui organise les symptômes d'inattention ou encore un épisode passé dont le patient ne fait pas le lien avec sa situation actuelle.
L'entretien structuré oblige à couvrir un champ diagnostic complet, indépendamment de ce que le patient met en avant.
La K-SADS : un outil pensé pour la complexité clinique
La K-SADS (Kiddie Schedule for Affective Disorders and Schizophrenia) est un entretien semi-structuré conçu pour l'évaluation diagnostique des enfants et des adolescents de 6 à 18 ans. Il couvre l'ensemble des troubles que l'on peut diagnostiquer cliniquement, en s'appuyant sur les formulations du DSM-5 tout en étant pensé pour une utilisation compatible avec d'autres systèmes classificatoires comme la CIM (Classification Internationale des Maladies).
Sa structure est à la fois son principal atout et ce qui en fait un outil exigeant à maîtriser. Elle comprend un entretien général d'orientation, une phase de dépistage qui permet d'identifier rapidement quels troubles méritent d'être explorés en profondeur, et des suppléments thématiques que l'on active en fonction des hypothèses émises.
Ce système de dépistage suivi de suppléments est fondamental : il garantit qu'on ne passe pas à côté d'une hypothèse importante, tout en évitant de systématiquement tout explorer de manière exhaustive, ce qui serait à la fois chronophage et cliniquement peu pertinent.
Une logique qui reflète la démarche d'évaluation dans son ensemble
Ce qui rend la K-SADS particulièrement intéressante de mon point de vue, c'est que sa logique interne reflète exactement la démarche que nous avons suivie depuis le début de cette série de notes. On part d'une analyse de la demande et d'une anamnèse pour formuler des hypothèses. On sélectionne ensuite les modules de dépistage en fonction de ces hypothèses. Et si le dépistage révèle des éléments significatifs, on approfondit avec les suppléments correspondants.
Chaque symptôme est abordé avec ses exemples de questions, ses consignes de cotation, ses repères pour différencier ce qui ressemble sans être identique (exactement ce que nous évoquions dans la note précédente sur l'analyse des symptômes). La situation actuelle et l'épisode passé le plus grave sont cotés séparément, ce qui permet de reconstituer une trajectoire et pas seulement un tableau clinique instantané.
La formation Évaluation du TDAH pas à pas consacre une part importante à la K-SADS et à son utilisation, de la sélection des modules à la cotation des symptômes. Si vous souhaitez travailler cet outil en profondeur, les inscriptions sont ouvertes (centreformationclinique…)
La prochaine question
Poser un diagnostic, c'est bien. Comprendre comment le trouble s'exprime dans la vie réelle du patient, c'est autre chose. Et c'est pourtant ce second regard qui conditionne la pertinence de tout ce qui va suivre : les orientations, les aménagements, les priorités d'intervention.
C'est ce que nous explorerons dans la prochaine note, autour du diagnostic fonctionnel.