Un ancien de la garde rapprochée de Jeff Bezos a expliqué pourquoi les gens les plus suivis en ligne sont rarement ceux qui produisent le meilleur contenu.
En 2019, Eugene Wei publie un essai devenu culte dans la Silicon Valley : "Status as a Service". Sa thèse : les réseaux sociaux ne sont pas des plateformes de contenu, mais des marchés de statut.
On ne peut pas évaluer des millions d'inconnus sur ce qu'ils pensent. Alors on se rabat sur des proxys de crédibilité : le nombre d'abonnés, les commentaires de gens connus, la récurrence dans le fil. On ne juge plus les idées, on juge la source.
Et comme toute monnaie, le statut est auto-renforçant. Ceux qui en ont en génèrent davantage à chaque prise de parole. Et ceux qui n'en ont pas peuvent produire des réflexions remarquables qui restent inaudibles : non pas parce qu'elles manquent de substance, mais parce qu'elles ne portent aucun signal.
Le contenu ne construit pas la crédibilité par défaut. C'est la crédibilité qui donne au contenu le droit d'exister dans l'esprit des gens. Et cette crédibilité ne vient que lorsque votre pensée finit par devenir impossible à ignorer.
Alors oui, le jeu est inégal. Mais j'ai vu trop de gens partir de rien et finir par s'imposer pour croire qu'il est fermé.
Le statut ne s'hérite pas, il se construit. Et le seul vecteur accessible à ceux qui n'ont ni la notoriété ni les raccourcis, c'est leur capacité à penser clairement et à l'exprimer publiquement.